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Comment comprendre la disparition des concours IFSI en 2019 au bénéfice d'une sélection via Parcoursup ?

Les concours infirmiers ont disparu et désormais la sélection pour intégrer un IFSI se fait via ParcourSup Comment comprendre la disparition des concours IFSI en 2019 ? Comme vous le savez sans doute, jusqu’en 2018, lorsque l’on souhaitait devenir infirmier, il fallait avoir obtenu un bac (général, technique ou professionnel) ou être dans son année de terminale. Pour espérer intégrer un IFSI (institut de formation en soins infirmiers), il fallait d’abord commencer par s’inscrire à différents IFSI pour passer les concours infirmiers. Venait donc le moment crucial de faire des choix entre les 326 IFSI de France. On décidait selon ses propres critères (ville, taille de la promo, connaissances sur place, niveau des loyers, etc), mais le choix s’avérait dans une certaine mesure limité en termes de nombre d’IFSI présentés, puisque tous les IFSI publics d’une même région avaient leur concours le même jour à la même heure. Par ailleurs certaines régions avaient également la même date de concours. Vous ne pouviez donc pas vous présenter aux concours de tous les IFSI de votre région… sauf à avoir le don d’ubiquité ! Autre critère qui limitait le nombre d’IFSI présentés : le montant de l’inscription. En effet vous deviez faire un chèque d’inscription à chaque concours de l’ordre d’une centaine d’euros. Cette somme couvrait les frais de location de locaux de grande taille pour l’organisation des épreuves écrites, comme par exemple d’un « parc des expositions », mais également des frais de conception des sujets écrits par une société privée, tout comme les frais de correction des copies de l’ensemble des candidats, puis des membres de jury mobilisés pour les oraux. Mais à ces frais d’inscription aux concours présentés, il fallait ajouter d’éventuels frais de déplacements et parfois même d’hébergement pour ceux passant des concours infirmiers dans des villes très éloignées de leur domicile. A ce coût s’ajoutait également pour certains candidats, celui des cours d’une prépa aux (écrits et aux oraux des) concours infirmiers. C’est ainsi que pour la très grande majorité des personnes voulant devenir infirmier(e), votre avenir se jouait sur 3 à 10 concours, c’est à dire en 3 à 10 demies journées pour la phase des écrits dans sa région et les régions limitrophes. Ces épreuves écrites d’une durée de deux heures chacune étaient pour chaque IFSI au nombre de deux : 
  • une épreuve de culture sanitaire et sociale qui nécessitait à la fois des connaissances en termes de culture générale, mais aussi de la méthodologie pour structurer ses réponses à chacune des trois questions posée, et un certain niveau de français pour rédiger sans (trop de) faute d’orthographe et de syntaxe. 
  • L’autre épreuve des écrits était constituée de plus d’une centaine de questions (type QCM) portant sur des aptitudes numériques (proportionnalités, pourcentages, conversions, durée, vitesse, etc), logiques (mastermind, carrés logiques, test d’organisation, etc) à travers différents tests évaluant si vous aviez les bases nécessaires pour devenir infirmier et par exemple faire sans erreur, des calculs de dose et suivre un raisonnement logique dans votre futur travail. 
  • Ces épreuves en temps limité permettaient d’évaluer aussi en partie votre gestion du stress puisque vous deviez répondre en moyenne en une minute à chaque question des tests psychotechniques aussi appelés tests d’aptitudes.

Si vous aviez obtenu au moins 10 de moyenne à l’ensemble de ces deux épreuves écrites  (sans toutefois avoir eu moins de huit à l’une des deux), venait ensuite l’épreuve orale de 20 à 30 minutes constituée à la fois d’un exposé oral sur un sujet de culture sanitaire et sociale à préparer en dix minutes et un entretien de motivation. En étant convoqué aux oraux, vous saviez seulement que vous aviez obtenu au moins la moyenne aux écrits, mais vous ne connaissiez pas vos notes d’écrits. Pour garantir la neutralité et donc ne pas risquer d’être influencés par la note des écrits, les trois membres de jury des oraux n’étaient pas non plus informés de vos notes des écrits. L’oral permettait aux IFSI de sélectionner les candidats les plus motivés, qui s’étaient donné les moyens d’avoir une représentation réaliste du métier d’infirmier(e) en rencontrant des professionnels, en faisant des stages, en se documentant, et ce afin de limiter le risque d’abandon en cours de formation en IFSI. Le métier et les études infirmières étant très humains et loin d’être anodins, il s’avérait ainsi essentiel pour le jury d’évaluer ces différents points chez chaque candidat en le rencontrant à l’oral. On déplorait en effet 20% des candidats admis en IFSI qui n’en sortent jamais diplômés, ayant abandonné en première, deuxième ou même troisième année. L’oral était donc très sélectif et vous demandait pour être passé avec succès d’avoir pleinement réfléchi à votre projet, et d’être au clair avec toutes les facettes du métier d’infirmier. Le nombre de places de chaque IFSI étant limité, le terme de concours s’avérait adapté : en effet si vous aviez eu seulement dix de moyenne aux écrits, vous deviez impérativement (dans le sud) avoir au moins 18,25/20 en général pour être admis en IFSI dès la publication des résultats. Une liste d’attente existait, et elle classait les candidats ayant obtenu au moins dix de moyenne générale, mais qui étaient donc à une note insuffisante pour être admis d’emblée. Comme chaque candidat ne pouvait passer qu’un nombre très limité d’IFSI (généralement 3 à 10), la liste complémentaire descendait finalement assez peu, ce qui avait pour conséquence que certains candidats n’aient d’autres choix que d’ « attendre » une année pour pouvoir se représenter aux concours et enfin obtenir une place en IFSI. Dans ce laps de temps, ils suivaient des cours à l’université et/ou suivaient une prépa aux concours infirmiers. Certains candidats mettaient ainsi deux voire trois ans pour intégrer un IFSI puis trois années d’études en IFSI avant de concrétiser leur projet de devenir infirmier(e). Dans tous les cas, avec un tel parcours pour pouvoir intégrer un IFSI, seules les personnes ayant réellement et profondément envie de devenir infirmier(e) se présentaient aux concours IFSI…

Mais cette sélection par concours pour rentrer en IFSI a disparu en 2018 au profit d’une sélection via ParcourSup, la nouvelle plateforme pour accéder à des études supérieures, qui a remplacé APB. Cette plateforme est accessible à tous les lycéens en terminale et les jeunes ayant déjà obtenu leur bac. Parcoursup est désormais le seul moyen d’accès aux études infirmières en IFSI à pour tous les lycéens qui s’apprêtent à passer le bac, ainsi que pour ceux l’ayant déjà et qui souhaitent poursuivre des études et/ou se réorienter.

Pourquoi un tel changement ? Il y a plusieurs éléments de réponse à cette question :

  • Les IFSI (instituts de formation en soins infirmiers) étaient auparavant « hors » des facs, indépendants car sans lien direct d’appartenance. Ce n’est plus le cas depuis l’universitarisation des IFSI qui sont depuis cette année intégrés, rattachés chacun à une université. Or en France il n’y a pas de concours pour accéder à une première année d’université. Par conséquent, avec l’universitarisation des IFSI il ne pouvait pas subsister de concours pour rentrer en IFSI. 
  • Ce mouvement vers l’universitarisation des études infirmières avait connu une de ses premières étapes avec la réforme de la formation en juillet 2009 qui avait ouvert la reconnaissance du diplôme d’état infirmier français à la reconnaissance du grade licence pour poursuivre en master en recherches en soins infirmiers en université. La réforme de 2009 avait donc permis un premier pas vers le système Licence-Master-Doctorat (LMD) des universités. Mais en 2009, seul le master avait été créé dans le cadre des universités, la formation initiale infirmière ne rentrait pas encore dans le cadre d’une licence, seul le diplôme d’état était reconnu comme tel.
  • Cette universitarisation des études infirmières existe dans d’autres pays, en particulier européens. Il s’agissait donc pour la France de converger vers cette harmonisation européenne des diplômes infirmiers. Grâce à cette harmonisation, la mobilité des infirmiers est possible dans le cadre de l’europe. En ce qui concerne le Québec, un infirmier(e) français doit avoir fait un stage clinique de 75 jours pour pouvoir y travailler.
  • Cette universitarisation ouvrira aussi prochainement la possibilité aux étudiants en soins infirmiers (ESI) français de suive une année dans un autre pays européen, à l’instar des Erasmus dans d’autres cursus des universités. 
  • Par ailleurs, cette universitarisation des études infirmières est associée à la création de diplômes universitaires supplémentaires en recherches en soins infirmiers jusqu’au niveau doctorat. Ces cursus universitaires garantissent une meilleure reconnaissance de la discipline sur le plan scientifique et des avancées sur ce plan. C’est ainsi qu’ont été créés des diplômes pour les IPA (infirmiers de pratiques avancées), des masters en recherches en soins infirmiers et ensuite seront crées des bac +5 en recherches en soins infirmiers, qui auront notamment pour débouché d’être recrutés par les IFSI comme enseignant chercheur comme dans le reste des universités.
  • Bien évidemment l’intégration des études infirmières en université permet aussi un meilleur alignement des droits des étudiants en soins infirmiers sur ceux des étudiants d’université. C’est ainsi que les ESI ont désormais accès aux bibliothèques universitaires, aux restaurants universitaires ainsi qu’aux cités universitaires et aux bourses des CROUS.
  • Autre élément : Comme nous l’avons vu précédemment, se présenter à différents concours infirmier et les réussir nécessitait à la fois du temps qui se chiffrait en année(s) et un certain enjeu financier. Ces deux aspects et notamment celui économique représentaient par conséquent aussi un enjeu en terme d’équité sociale. En effet certaines personnes réellement motivées pour devenir infirmier(e étaient freinées devant un tel investissement et/ou surclassées par celles ayant les moyens d’investir pour leur avenir dans une préparation aux concours infirmiers qui leur permettait de finir dans les meilleurs au classement final. 
  • Les candidatures via Parcoursup pour intégrer un IFSI avaient aussi pour « bénéfice secondaire » de mieux répartir les étudiants. Certains IFSI étaient en effet bien plus demandés que d’autres, rendant au passage leur concours encore plus sélectif. A l’inverse, certaines zones ou IFSI moins demandés avaient à faire face à un nombre de candidats jugés au niveau  (et non le nombre total de candidats se présentant au concours) moins important que leur nombre de places dans la promo de première année. Alors pour ré-équilibrer cet état de fait, certains IFSI « peu attractifs » préféraient puiser dans les listes complémentaires de certains autres IFSI que de descendre trop bas dans leur classement, afin de ne pas baisser le niveau. Avec Parcoursup, les candidatures se faisant par académie, au nombre de dix académies maximum, et en nombre illimité d’IFSI au sein de chaque académie, il est à supposer que même si certaines académies resteront plus demandées que d’autres, nous assisterons à une meilleure répartition géographique des candidats.
  • Le but était donc de simplifier les modalités d’admission en IFSI aux personnes désirant devenir infirmier(e) et de faire des étudiants en soins infirmiers (ESI) des étudiants avec les mêmes droits que ceux des universités françaises : 
    • Laisser les lycéens en terminale se concentrer uniquement sur leur bac et le choix de leur orientation, sans nécessité de se préparer en parallèle à toutes les épreuves d’un concours,
    • supprimer la charge et donc le frein des frais d’inscription aux concours 
    • et éventuellement à une prépa, 
    • supprimer pour une majorité l’année après le bac consacrée à se préparer aux écrits et aux oraux des concours infirmiers 
    • et par conséquent faire en sorte que les jeunes rentrent plus rapidement dans les études de leur choix et donc par la suite dans la vie active.
    • Permettre aux étudiants en soins infirmiers de bénéficier notamment de bourses des CROUS
En bref :  L’universitarisation des études infirmières a conduit à la disparition des concours infirmiers et à une sélection en IFSI via Parcoursup. Elle s’inscrit dans la dynamique de création de diplômes universitaires en recherches en soins infirmiers ou en sciences infirmières jusqu’au doctorat et contribue à une plus grande reconnaissance de cette pratique, tout en permettant des progrès dans ce domaine grâce à la dimension universitaire de recherches. Par ailleurs, elle initie alignement des droits des étudiants en soins infirmiers sur ceux des étudiants des universités (BU, cité U, restau U, bourses…). Le mouvement d’universitarisation de la formation infirmière en Europe ouvre aussi à la mobilité dans le cadre européen aussi bien des étudiants en soins infirmiers que des infirmiers diplômés eux mêmes. La disparition des concours infirmiers est supposée permettre une meilleure équité sociale avec la disparition des coûts notamment liés aux inscriptions aux concours et aux frais afférents. En revanche, la sélection via Parcoursup a ouvert la possibilité à certains peu ou pas motivés par le métier d’infirmier et peu informés sur sa réalité, de candidater dans une multitude d’IFSI comme « plan B » (ou Z!), d’être admis en IFSI et de prendre ainsi potentiellement la place de ceux qui rêvent de devenir infirmier et qui ne s’imaginent pas faire un autre métier… Heureusement pour éviter ce phénomène, un projet motivé sur Parcoursup est exigé et rentre dans les principaux critères de classement des dossiers. Quel est votre avis sur la disparition des concours infirmiers, nous serons ravis de lire vos commentaires ci-dessous : Pour en savoir plus : Les IPA ou infirmiers de pratiques avancées Les Masters en recherches en soins infirmiers  Tous les IFSI de France Le dossier de candidature IFSI Parcoursup Le projet motivé Parcoursup pour être admis en IFSI La procédure d’inscription Parcoursup et de candidature en IFSI Comment choisir à quels IFSI candidater Le métier d’infirmier

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